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Puis Njawé : L’étoile des libertés au Cameroun s’en est allée
vendredi 20 août 2010 par Ferdinand Mayega (pour AEM), Montréal, Canada
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Pius Njawé et Ferdinand Mayega en 1999 à Douala, le Jour des 20ans de son journal « Le Messager ».

Le grand chevalier étoilé de la plume et défenseur acharné des droits de la personne au Cameroun, Pius Njawé, est passé prématurément de vie à trépas. C’était le 12 juillet à 14h55 suite à un accident sur l’autoroute 664 en direction de la Virginie aux États-Unis.


Depuis cette tragique nouvelle, le ciel s’est totalement assombri dans le quotidien de la vie de la majorité des Camerounais qui luttent pour la justice sociale, l’alternance à la tête de l’État et l’instauration d’une démocratie au Cameroun. C’est mon cas en particulier parce que Pius Njawé était une source d’inspiration pour moi et une boussole de mon action quotidienne pour le bien-être des Camerounais depuis notre première rencontre en 1997. Je commençais à peine l’exercice du journalisme. Ensuite, en 1999, pendant les festivités marquant les 20 ans du « Messager », j’ai eu une autre occasion d’échanger avec Pius Njawé qui était un véritable article de marque journalistique. C’était le 19 novembre 1999 à l’hôtel Lewat à la fin de la conférence-débat qui avait pour thème : « Le Cameroun, la CEMAC et la mondialisation ». L’expert Penda Ekoka et Charles Kooh du Gicam étaient les conférenciers pendant que Me Charles Tchoungang jouait le rôle de modérateur. Avant de nous séparer après cet échange, j’avais sollicité immortaliser cette rencontre par une photo et Pius Njawé avait accepté. Quelques jours plus tard, je suis passé au Messager lui remettre cette photo parce que j’avais fait produire le négatif de cette carte en double. Avant de quitter Pius Njawé, il m’avait remis l’édition spéciale des 20 ans du Messager qui coûtait 1000 Fcfa. Je possédais déjà ce journal même si quelqu’un l’avait emprunté pour lire. Je n’ai plus jamais reçu mon journal. Par contre, 11 ans plus tard, le journal Le Messager reçu des mains de Pius Njawé occupe encore une place importante de ma bibliothèque personnelle au Canada et la photo prise avec ce dernier a désormais plus de valeur à mes yeux en souvenir à ce grand homme.

En février 2006, j’ai eu une fois de plus l’opportunité de rencontrer le nationaliste Pius Njawé. Je venais de publier une enquête qui m’avait pris 6 mois dans la parution 368 du magazine Jeune Afrique Économie. Son titre : « Chômage et pauvreté au Cameroun : le cas de Bonapriso et New-Bell ». Je savais qu’il luttait pour la justice sociale et une meilleure redistribution des fruits de la croissance au Cameroun marqué par un dualisme social profond. J’avais été surpris de savoir qu’il avait déjà lu cette enquête et était heureux que le jeune journaliste rencontré pour la première fois à 21 ans en 1997 à la Maison des Jeunes et des Cultures (MJC) à côté de l’ancien siège du journal Le Messager à Akwa s’intéressait aussi au même combat dont il a consacré sa vie depuis plusieurs décennies. J’étais pigiste au journal catholique L’ Effort Camerounais et travaillait pour Éco’Alerte , le premier journal 100% spécialisé en environnement au pays et fondé par l’expert du réchauffement climatique Raphaël Hanmbock, président de l’Association des Amis de la Nature (ACAN), la première ONG d’environnement au Cameroun fondée en juin 1975 à l’école des faunes de Garoua. Février 2006 était notre dernière rencontre avant mon départ au Québec en 2007. Toutes mes tentatives pour le revoir par la suite ont été vaines. Il était hors de Douala ou du pays et son emploi du temps toujours surchargé l’appelait à être constamment en mouvement pour ses multiples défis. La mort de cet homme d’exception est une grande perte pour notre pays, l’Afrique et le monde. Combien de temps faudra t-il à notre pays pour avoir un autre « Pius Njawé » ? Au Cameroun où on retrouve une galaxie d’assoiffés de justice sociale et de démocratie, existe-t-il d’autres étoiles de la même envergure capables de poursuivre avec fermeté et détermination les idéaux de vie de Pius Njawé ? Sûrement même si sa trajectoire professionnelle et sa reconnaissance internationale ont fait entrer le héros de la liberté d’expression et de presse dans le panthéon de la conscience universelle. Ce vide sera difficile à combler mais grâce à l’amour de Dieu Tout Puissant, ce vide finira par se combler pour libérer le Cameroun d’un régime patrimonial et néocolonial qui dure depuis plusieurs décennies. Chaque chose aura une fin et notre souffrance ne sera pas éternelle. C’est une certitude !

Ces derniers doivent être heureux même s’ils ont versé des larmes de crocodiles. Ils croient peut-être avoir désormais un boulevard pour une réélection assurée en 2011. C’est mal connaître les Camerounais aussi bien du terroir que de la diaspora.

C’est aussi sous-estimer la capacité de nuisance d’autres Camerounais qui se découvriront progressivement le courage, la volonté acharnée et la détermination de poursuivre l’œuvre entreprise par ce pionnier de la presse décédé dans le feu de l’action à l’autre bout du monde. Seul l’avenir me donnera raison ou tort.

Je retiens de Pius Njawé plusieurs choses :

1- Tout d’abord, ce pédagogue de la masse et chrétien avait compris ,depuis son jeune âge, que Dieu créa la personne humaine libre. Et depuis que les gens vivent en société, l’une de leurs préoccupations majeures est évidemment la liberté parce que la vie et l’intégrité de la personne humaine sont sacrées. Vouloir interdire à l’être humain de jouir de sa liberté est une atteinte fondamentale aux droits de la personne. C’est pourquoi en Afrique comme partout dans le monde, les humains luttent pour faire reconnaître leurs droits. Mais qu’est-ce donc que cette liberté ? C’est l’attribut de l’Homme. C’est ce qui le distingue fondamentalement de l’animal. Sans vouloir entrer dans des controverses philosophiques, la liberté, c’est le droit d’être, d’agir comme on l’entend. C’est un pouvoir d’autodétermination individuelle. Cette liberté, c’est aussi l’absence ou la suppression de toute contrainte considérée comme illégale, illégitime et immorale. Le célèbre bagnard de New-Bell avait pris conscience très tôt que la liberté de presse était l’un des plus puissants bastions de la liberté. C’est d’ailleurs ce que dit l’art 12 du 12 juillet 1776 de la Déclaration des Droits de l’État de Virginie aux États-Unis.

2- Deuxièmement, Pius Njawé avait également compris que le verbe ou la parole était un grand pouvoir. Un véritable pouvoir. Il avait raison. En effet, il est bien dit dans Jean I qu’au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu, la Parole était Dieu. Toute chose a été faite par elle. Cela voudrait dire aussi que cette parole incarnée en la personne de Jésus Christ a un énorme pouvoir métaphysique parce que cette parole habite l’air et l’air n’a pas de limite. Cette parole est à la fois mobilisatrice, transformatrice, salvatrice, médiatrice, libératrice et nourricière. Le self made man Pius Njawé s’était rendu compte que la parole est un puissant pouvoir qui peut faire basculer n’importe quelle force de répression pour mettre en mouvement dans la bonne direction un pays comme le Cameroun.

3- Troisièmement, le chien de garde Pius Njawé était resté un homme constant dans son discours en évitant de faire un virage à 90 ou 180 degrés par rapport à ses prises de positions au sujet de la gestion chaotique et corporatiste du Cameroun. Pius Njawé disait ce qu’il pensait et pensait ce qu’il disait. Il était le prototype de l’intellectuel chez le linguiste américain Noam Chomsky. En effet, pour Noam Chomsky, l’intellectuel, c’est quelqu’un qui a pour devoir de rechercher la vérité et de la dire quoi qu’il puisse lui en coûter. Jusqu’au bout, Njawé a recherché cette vérité et les moyens pour une alternance à la tête du Cameroun au point de quitter ce monde au moment où nous attendions si peu. Pius Njawé savait également comme tout bon journaliste qu’il avait essentiellement deux choses à défendre dans l’exercice de la profession : son nom et son image. Il a su éviter jusqu’au crépuscule de sa vie de tomber dans de multiples pièges qu’on pouvait lui tendre ici et là pour traîner sa personnalité dans la boue dans l’optique de lui faire renoncer à son noble combat pour la démocratie au Cameroun.

4- Quatrièmement, Pius Njawé nous a donnés la leçon selon laquelle le diplôme est mortel de la culture comme disait si bien Paul Valérie. Autrement dit, la culture est à la personne humaine ce que l’air est à l’oiseau parce que la culture permet à l’humain de quitter du monde de l’immanence pour accéder au monde de la transcendance. C’est-à-dire de quitter du monde des huées pour accéder au monde des nuées pour paraphraser Baudelaire comme des albatros, des aléoutes, des papillons monarques, des cigognes, des colombes pour atteindre la sphère de la connaissance, la noosphère pour reprendre l’expression du paléontologiste et jésuite français Teilhard de Chardin. Pius Njawé, c’était un lecteur infatigable et un homme très cultivé. Il savait qu’il n’était pas diplômé de l’Esijy ou de l’Esstic, encore moins de l’École supérieure de journalisme de Lille ou de celle de l’université Columbia à New York. Heureusement, il avait appris qu’à défaut d’apprendre le journalisme pour l’exercer, il faut l’exercer pour l’apprendre. Son apprentissage à la transpiration de ses efforts, sa témérité et son goût du risque l’a hissé dans le cercle restreint des immortels de la presse panafricaine et mondiale. Le Romancier français Daniel Pennac dit de la lecture qu’elle n’offre à l’Homme aucune explication définitive sur son destin mais tisse un réseau de connivences entre la vie et lui. En d’autres termes, Daniel Pennac veut aussi dire que la véritable valeur de la lecture ne se mesure que par rapport à sa contribution à l’épanouissement de la personne humaine. L’amour pour le savoir grâce à la lecture a permis au célèbre journaliste Pius Njawé d’atteindre les sphères les plus élevées de la connaissance.

5- Grâce à la réussite professionnelle du célèbre éditorialiste du « Messager », j’en arrive à la conclusion que le journalisme n’est pas uniquement une affaire de tête bien pleine mais de tête bien faite, de passion, de rigueur, de curiosité, de créativité et d’amour. Ensuite, le talent, le regard, la compétence et l’effort font la différence.

6- Enfin, comme une étoile rarissime et filante qui a marqué son époque, Pius Njawé est sorti de l’histoire et est entré dans la légende. Il existe et existera toujours au fil des décennies par la profondeur noospherisée de ses idées et la transcendance déifiée de son génie dans le panthéon de la conscience universelle. Il mérite qu’il soit inscrit sur sa pierre tombale, cet épitaphe : « Pius Njawé, ce célèbre journaliste, défenseur de la justice sociale et de la démocratie au Cameroun, surpassa la race humaine par la puissance de son combat et de sa pensée. »

Comme un sphinx qui renaît de ces cendres, de la haut où il se trouve, Pius Njawé, l’acteur intrépide de la société civile et du milieu médiatique camerounais, peut être rassuré que son œuvre se poursuivra parce que nous avons la volonté et la détermination de donner une place honorable au Cameroun, contre vents et marrées, dans la marche des affaires du monde. Rien ne nous arrêtera. Rien du tout ! Repose donc en paix. | Ferdinand Mayega (AEM) à Montréal

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Notes:

[1] Ferdinand Mayega Journaliste-Écrivain Chercheur en études africaines Auteur de « L’Avenir de L’Afrique : la Diaspora intellectuelle interpellée ». Collections Études africaines, Éditions L’Harmattan, Juin 2010, 316 pages

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