Sassou, cet énorme et terrifiant symptôme

« Le Congo n’est pas le Burkina Faso » avait péroré le ministre congolais de l’information Mende Omalanga pour répliquer à ceux qui voyaient un début de printemps subsaharien dans la chute de Blaise Compaoré. On le saura, en effet, en 2016 quand arrivera à échéance le second mandat consécutif de Joseph Kabila. En attendant, il vient de se révéler que le Congo, l’autre, celui d’en face, celui de Balasafy (pour paraphraser une grand-mère musoko qui voulait dire Brazzaville), celui des Youlou (le politique et le chanteur)… n’est pas le Burkina Faso. Denis Sassou Nguesso vient, en effet, de se laisser aller à des attouchements sur la constitution. En face, l’opposition a eu deux petits jours de gloire pour s’interposer, mais Sassou a aussitôt levé la matraque et tout s’est passé comme avant, comme toujours. Le coup de la matraque était-il à ce point violent où est-ce l’opposition et la société civile qui ont offert une meilleure exposition du flanc visé par le baston ?

Il n’aura pris personne en traître : malgré le verrou constitutionnel, Denis Sassou Nguesso n’a jamais fait véritablement mystère de ses velléités pour durer, y compris au-delà du raisonnable. Quand, en 2002, il fait adopter de nouvelles dispositions constitutionnelles qui instaurent le septennat et limite l’âge des présidentiables à 70 ans, tout le monde sait que Sassou va gagner coûte que coûte les deux élections à venir et que, deux mandats plus tard, il fera voler en éclats les verrous qui l’empêcheraient de se représenter et de remplir la formalité d’une réélection sans surprise. Ça n’a pas été comme pour le retour de Jésus dont « personne ne connaît ni le jour, ni l’heure ». Quatorze ans que l’opposition savait que Sassou allait naturellement « toiletter » la constitution par coquetterie, quatorze ans que cette opposition s’est préparée pour y arriver divisée et impuissante.

Quant à la société civile, les relents d’une approche tribalo-ethnique ne sont jamais loin pour qu’une large mobilisation eût été possible. À entendre certains, le « Non » au référendum correspondait à mettre un terme au règne des gens du Nord alors que, pour d’autres, il fallait voter « Oui » pour prévenir le rêve d’une vengeance anti-Mboshi. De même, dans l’opposition, la plupart avaient déjà vendu leur âme à Sassou pour pouvoir ensuite porter l’espérance de la société civile. Et si le chef de l’État congolais n’était finalement qu’un énorme et effrayant symptôme d’un mal qui ronge l’élite et globalement la société congolaises ?

Plus que le spectre d’une nouvelle guerre civile brandi à satiété par le pouvoir, ce sont les errements de l’opposition ainsi qu’une forme de renoncement et de fatalisme de la société civile qui ont laissé Sassou s’adonner à des choses peu recommandables sur le corpus de la loi suprême. Le président congolais peut toujours arguer que le résultat du référendum vaudrait consentement, désolé de lui indiquer qu’en matière d’infractions sexuelles sur mineur l’argument du consentement ne vaut pas car le législateur souligne l’absence ou la faiblesse de discernement de la victime et, pire, l’ascendant psychologique est retenu comme une circonstance aggravante.

Plaise à Dieu de protéger Sassou de ses amis

L’auto-reconduction programmée de Denis Sassou Nguessou cacherait peut-être une impasse pour ce dernier. L’impossibilité de trouver un successeur qui fasse l’unanimité dans son camp est un casse-tête pour le clan au pouvoir. La tentation d’une succession dynastique au profit de Denis-Chrystel Sassou Nguesso rencontrerait une vive hostilité dans le cercle du pouvoir. Beaucoup s’estiment, en effet, plus légitimes que le fiston et pensent sérieusement que leur heure a sonné. Sauf qu’ils sont nombreux et tous convaincus d’être chacun l’homme idoine. Plus inquiétant, tous se seraient préparés à en découdre… par tous les moyens. Faute d’un accord, Sassou se serait retrouvé obligé de rempiler parce qu’il faut éviter une alternance qui serait revancharde et qui n’hésiterait peut-être pas à déterrer des dossiers chauds comme ceux des disparus du Beach, des biens mal acquis, etc.|Botowamungu Kalome(AEM)