Le lead guitariste Tshotsho Matiaba © Photo: Tshotsho M. À l’autre bout du fil, comme on disait au bon vieux temps des téléphones fixes, Tshotsho Matiaba laisse s’échapper une pointe d’émotion qui emballe sa voix : « Nous étions plusieurs solistes et pour lancer ‘Mukongo ya koba’, le président Nyoch était très exigeant et repoussait tous les solos qu’on lui proposait. Même dans le studio, on continuait de chercher la formule magique. Humble et de nature timide, souvent en retrait, j’étais devenu comme transparent, personne ne venait solliciter mon talent. J’avais le sentiment d’être déconsidéré, puis un jour Christian Lusakueno est venu nous rendre visite au studio, dans le couloir il entendit un solo qu’il s’empressa de demander qui l’avait joué. Quand on lui répondit que c’était moi, il vint chaleureusement me féliciter et indiqua au président ( cfr. Nyoka Longo) que ce solo allait sublimer l’album ».
Le drôle de rituel auquel Jossart soumit Tshotsho Matiaba
La magie décelée par le journaliste n’était aux yeux de Nyoch qu’un diamant brut, qu’il fallait polir. À la répétition qui a suivi Tshotsho subit un curieux rituel : « Le président me demanda de me lever et de me tenir comme pendant les concerts puis de rejouer ce solo. Pas satisfait, il insista pour que je reproduise l’attitude que j’ai quand je joue, particulièrement quand je suis empli de plaisir. Quand je réussis à me mettre dans cette condition, mon solo fut encore meilleur et vous connaissez tous la suite… »
Et de poursuivre : « Ce solo je l’avais déjà joué lors de la tournée de Zaïko aux États-Unis en 2016 et Lola Muana était en admiration et n’avait cessé depuis de m’encourager. Je voudrais, cependant, préciser que je me suis simplement inscrit dans le travail légué par tous les illustres solistes qui m’ont précédé. Prenez une chanson comme « Pa Oki », c’est Manuaku qui avait joué la guitare solo dans la première version puis Roxy, Chiro, Popolipo… ont ajouté des seben, moi je fais pareil et lors d’un concert cette chanson avait duré 27 minutes ! Dans ‘Mukongo ya Koba’, par exemple, il y a des éléments des chansons Elo et Dédé sur mesure ».
« Je volais des vivres à la maison pour payer mes cours de guitare »
Tshotsho a découvert la guitare en empruntant celle d’un ami kinois de son grand-frère venu étudier au Kongo Central avant d’en faire une passion et de solliciter des cours auprès d’un autre guitariste qui s’y prêta volontiers mais moyennant des vivres. Le jeune Éric devint rare à la maison aux mêmes moments où sa mère, Octavie Situ, constatait que des vivres se volatilisaient.
Dans l’espoir de l’éloigner de la musique, sa mère l’envoya, à Kinshasa, chez son grand-frère Hypolite Panzu qui n’arrivera pas à contenir cette passion. Grand admirateur des solistes passés par Zaïko, il interprétait déjà à merveille le répertoire de ce groupe où « tout le monde me voyait y faire carrière et cela arriva par le biais du bassiste légendaire du groupe Oncle Bapius qui m’avait repéré, en 2005, à Bela Rose où j’accompagnais les gens qui faisaient du karaoké ». Les prédictions se réalisèrent ainsi avec, dans l’ombre, le soutien sans faille de son épouse Nadine Mbidi.|Botowamungu Kalome(AEM)







