L'usage des motos à deux et trois roues est en pleine explosion.|Photo © Bazak. Si la marche était autrefois un exercice de jeunesse entre Matete et Mont Amba, elle est aujourd’hui devenue une contrainte subie, dictée par la carence criante des moyens de transport en commun.
« Eza NDE makambo ! » s’exclame l’observateur, notant que ce phénomène ne se limite plus à la jonction Limete-Aéroport, mais s’étend désormais aux quatre coins de la ville-province de Kinshasa.
Le constat sur l’offre de transport est amer. Paul Bazakana rappelle avec nostalgie l’époque des sociétés TCL et Sotraz. Aujourd’hui, les opérateurs Transco et « Esprit de vie » semblent à bout de souffle, qualifiés de « presque Kadavere » (cadavres). Pour pallier ce vide, la population s’en remet aux minibus 207, surnommés « Ebomaka » (tueurs) dans les chansons populaires, et assiste à une explosion de l’usage des motos à deux et trois roues.
C’est à bord de ces engins que le voyage prend une tournure plus éprouvante. Au-delà du manque de confort, les passagers doivent cohabiter avec des moustiques que les enfants de la diaspora appellent « les bêtes », qui envahissent les compartiments. « La nuit, ils sont avec nous, dans la journée aussi ils sont avec nous dans les taxis, nettoyez vos véhicules ! », s’est ainsi plaint l’un des voyageurs durant le trajet.
Le récit pointe également du doigt le comportement des conducteurs, surnommés « Mopila ». Paul Bazakana décrit une atmosphère d’impolitesse notoire où la moindre plainte peut gâcher la journée. Plus grave encore, la sécurité des passagers semble secondaire : « J’ai eu affaire à un chauffeur qui m’a donné l’impression de conduire une navette à destination de la Lune », raconte-t-il, décrivant un conducteur lâchant le volant, consultant son téléphone ou zigzagant à vive allure au milieu de la circulation.
Le tableau s’assombrit avec la pollution atmosphérique omniprésente. Dans les rues de Kinshasa, les véhicules dégagent des fumées denses, complétant un paysage urbain marqué par une urbanisation anarchique. À travers ce carnet de voyage, Paul Bazakana illustre la résilience — parfois à la limite de l’insoutenable — des Kinois face à une « Mbok’elengi » (un pays doux) dont les dysfonctionnements structurels ne cessent de croître. |Source : La Gazette du Continent







