Parce qu’aujourd’hui, le mélomane congolais a plutôt tendance à pense que la consécration pour nos orchestres est de remplir les grandes salles parisiennes et accessoirement le stade des Martyrs à Kinshasa même si l’entrée y est quasi gratuite) ; parce que les gens ont oublié que Zaiko L.L. avait, en son temps, rempli la Mutualité, le Cirque d’hiver (Paris), La Madeleine ( Bruxelles) où aucun groupe congolais ne se risquait… ; parce qu’aujourd’hui on confond joyeusement artiste musicien populaire et un très grand artiste, une chanson populaire et un tube…Nyoka Longo se devait de démontrer qu’il fallait encore compter avec Zaïko.
Le comble est que ce mélomane congolais nouveau attendait de juger Zaïko L.L. surtout à l’affluence au Zénith, et seulement d’une manière secondaire au spectacle qu’il allait présenter. Autrement dit, « si les mélomanes y vont nombreux, c’est que Zaïko est encore fort…. »
C’est comme ça qu’apparut, seulement après coup, le débat sur le répertoire présenté…qualifié de nostalgique, comme pour atténuer la belle unanimité qui se fit autour du spectacle : Zaïko est toujours là : beau, attractif, convaincant et indiscutablement garant d’un patrimoine musical congolais que le stars flambantes et éphémères de ces douze dernière années ont du mal à perpétuer.
Et Jossart tomba la veste
Désinvolture, légèreté, amateurisme…les qualificatifs n’ont pas manqué pour souligner la piètre promotion de ce concert. Le producteur, Félix Petit, fit le strict minimum, misant sur le bouche à oreille de Château rouge et des « Ngandas » (bistrots) de Paris plutôt que sur un plan de communication intelligible, laissant aux Générations Zaïko (fan clubs) le soin de colmater les brèches hantées qu’elles étaient par un passage raté au Zénith qui aurait condamné le « Tout Choc Anti Choc… »
Ainsi, pour la première fois de son histoire, Zaïko L.L. « Eyi Nkisi, Eyi Magie » partait à la re-conquête du monde dans une configuration identique à celle de Viva la Musica, Q. Latin, Nouvelle Écriture, Victoria Eleisson, ou des deux Wenge…à savoir, un seul leader, un seul maître à bord : Nyoka Longo. Tout le contraire de ce qui, depuis 33 ans , (en ce 7 septembre 2002) a fait la force de ce groupe : une pléiade de talents et de vedettes, surtout à chaque fois un artiste d’exception -créateur et précurseur- dans chaque ligne arrière : Manuaku Waku entouré de Teddy Sukami, Bapuis … aux cordes, avant Popolipo ; Meridjo à la batterie et toujours une attaque chant alignant de très grands chanteurs doublés de très bons show men : Evoloko Joker, Papa Wemba, Nyoka Longo, Bimi Ombale, Lengos, Likinga…
Conscient de l’enjeu de la particularité de ce concert, Nyoka Longo assuma et assura. Il prit en son compte d’enflammer la foule. Il la fit chanter et chavirer par ses envolées lyriques, ses coups de reins, ses déhanchements, lui communiquant son bonheur de relever le défi de « restaurer Zaïko », pour reprendre ses propres mots. Avec maestria, il entreprit de vérifier que le temps passe mais que les tubes « made in Zaïko » demeurent : des refrains de « S.O.S Maya », « Elo » etc. furent repris en choeur par un public qui ne se fit pas prier pour cela. Dommage, cependant, que le répertoire prévu ait été amputé des chansons plus récentes, que le son ait mis un peu de temps à être à la hauteur et que Nyoka Longo ait été le seul correctement habillé sur scène.
Jossart Nyoka n’avait pas seulement réussi son show en tombant la veste, mais à enfourcher parallèlement, pour la énième fois, son attirail de chevalier protégeant le château qu’il veut imprenable. À chaque fois que Zaïko a été attaqué, il n’a jamais hésité à monter au créneau, à aller au charbon. Au tout puissant Kiamwangana, il lança « Teka Zaïko, ozua mbongo …Kumba biso, na Zando ya Tipo Tipo… » le traitant de négrier des temps moderne.
Il fera montre du même cran en s’opposant au Gabonais Ngoss et ses millions en refusant d’aliéner Zaïko, même si dans l’affaire le groupe dut quitter Ma Elika. La difficulté l’a toujours transcendé, mais le défi artistique cette fois est très difficile, heureusement pas insurmontable : faire aussi bien avec un groupe d’instrumentistes très remanié sans nécessairement la culture Zaïko, mais surtout des chanteurs qui n’ont encore rien prouvé sinon quelque talent entr’aperçu dana le maxi-single « Feeling ».
« Eurêka » pour confirmer
Le maxi-single « Feeling », justement, renfermait des prémisses qui ont permis d’entretenir la petite flamme vacillante dans les coeurs des inconditionnels de Zaïko LL. Zénith est venu conforter leur foi en Zaïko. Aux côtés du « Vieux Bombas », comme ils l’aiment bien l’appeler, les musiciens de Zaïko ont démontré, en effet, un savoir-faire qu’il faut maintenant transcender dans l’album à venir « Eurêka ». Revenir avec classe et brio sur le marché du disque, c’est la seule voie sûre pour remettre, d’une manière effective et durable, Zaïko sur orbite.
À Nyoka Longo, Gegé Mangaya et Jimmy Yaba principalement, de faire leurs preuves et aussi au producteur Jean Pierre Sah (JPS Productions) de montrer du respect pour Zaïko en mobilisant les moyens techniques et humains possibles pour la réalisation de cet opus, sans oublier une promotion digne du standing de Zaïko en misant notamment sur sa collaboratrice Nathalie Geslin qui a déjà fait ses preuves dans ce domaine.|Botowamungu Kalome ( AEM n° 04/Page 16.-Ed. spéciale Déc 2002- Janv. 2003)













