L a fumée s’échappait encore des cendres de la controverse sur le nombre de spectateurs présents aux deux concerts de Fally Ipupa au stade de France que certains fans du chanteur JB Mpiana ont annoncé, dans les réseaux sociaux, qu’en moins de 24 heures, des billets de cinq catégories sur dix étaient épuisés. Les mêmes ont sorti un chiffre impressionnant de leur imagination : « 96 % de billets déjà écoulés ». À la base de ces demi-vérités ou demi-mensonges : on peut se fabriquer plusieurs « sold out » pour un même concert sans mentir mais surtout sans remplir la salle ou le stade grâce à une politique commerciale attrape-nigauds..
Les jauges des salles et des enceintes de spectacles sont modulables, ajustables en fonction de l’affluence espérée ou atteinte. Concernant les concerts des groupes congolais en région parisienne, les organisateurs et les chanteurs choisissent quasiment tous l’option d’une jauge qui peut augmenter en fonction de l’écoulement des billets. Ainsi pour son concert du 24 avril 2026 au Zenith, Zaïko Langa Langa, qui s’y était pris très tardivement, avait démarré avec une jauge de 3.000 places pour finir avec la jauge maximale de 6.785 places. Jossart N’yoka Longo et les siens ont ainsi fait un premier « sold out » de 3.000 places avant de réussir un « guichets fermés » avec l’intégralité de la salle.
Le yoyo des catégories épuisées de JB Mpiana
C’était fulgurant : très peu de temps après l’ouverture de la vente des billets en ligne, 5 catégories de places étaient épuisées suscitant des commentaires dithyrambiques de ses fans les plus zélés. Sauf que le lendemain, ces catégories avaient retrouvé, comme par enchantement, de nouvelles places à vendre.
Rien d’étonnant et d’ouvertement mensonger car dans les cases grisées des catégories épuisées, le site renvoyait à un point « 2 » qui mentionnait ceci : « 2 Pas de places disponibles. Des places pourront être remises en vente ultérieurement. ». Pourquoi les organisateurs font-ils cela ? En mettant un petit nombre de billets qui partent vite, cela génère l’impression qu’il y a un tel engouement que si l’on tardait à acheter son billet on risquerait de rater le concert. Aussi ces ventes rapides, déclenchent à l’aide des algorithmes des messages qu’on voit souvent sur les sites de ventes : « Meilleur concert de musique du monde » ou « Événement très suivi ».
La sibylline phrase du ministre Patrick Muyaya et le stratagème des billets achetés massivement
Dès les années 90 quand les groupes congolais ont renoué avec les grandes salles parisiennes, parce que l’objectif était de faire le « plein » de peur d’être moqué par des groupes rivaux, des proches de certains musiciens achetaient massivement des billets, parfois avec des cartes bancaires ou chèques volés, pour remplir les salles. Ces billets étaient revendus largement moins chers ou distribués gratuitement.
Pour le concert de Fally Ipupa au stade de France, les mélomanes ont découvert une première : la présence d’une délégation officielle du gouvernement congolais et Patrick Muyaya, ministre de la communication, déclara que le gouvernement avait soutenu ce concert et que la nature de ce soutien et ses modalités resteraient confidentielles. Ce soutien mystérieux du gouvernement aurait-il quelque chose à voir avec les faits observés autour du deuxième concert ? Il y avait largement moins de spectateurs que le samedi et les alentours du stade grouillaient des personnes qui vendaient très au rabais des billets quand elles ne les donnaient pas gratuitement.
La faute à une presse perroquet ou parfois protagoniste
Les réseaux sociaux ne seraient pas tant pollués de débats stériles sur ces « sold out » si la presse congolaise faisait son travail qui aurait consisté à informer et à aider à comprendre. Les journalistes se contentent de recueillir les propos et de les diffuser sans s’astreindre à un minimum de vérifications. Sinon quand elle le fait, c’est parfois pour prendre fait et cause pour l’artiste qui ment ou pour essayer de démolir l’artiste qu’on considère comme rival de celui qu’on porte. Des exceptions existent mais si peu pour chasser l’obscurité.
Conséquence: une ruée de questions et d’interpellations sur les sites des salles et de la Sacem, souvent avec un ton péremptoire. Ce comportement a notamment contraint la Sacem de rendre inaccessibles certaines informations qui étaient à la portée de tous.
Peut-être qu’arrivera enfin le moment où la qualité du contenu de la production musicale sera le seul objet d’intenses débats et d’analyses croisées, inévitablement subjectives mais nécessaires pour espérer voir la musique sortir d’une forme de ghetto illustré par une vente famélique des disques. La vente des disques physiques et virtuels est cet impitoyable juge de paix qui confirme cet adage prisé par les Congolais : « Mbongo ya bibende makelele ebele mais talo moke », traduisez « L’argent liquide en pièces fait plus de bruits que les billets alors qu’elles ont une plus faible valeur nominale »| Botowamungu Kalome (AEM)




