L’artiste musicien James Brown, vu par Jossart Nyoka Longo

Le 25 Décembre 2006, nous apprenions avec consternation le décès de James Brown dans un hôpital d’Atlanta aux USA.

La presse américaine et internationale a consacré plusieurs émissions en sa mémoire pour nous rappeler que le show man, surrnommé Mr. Dynamite , et parrain de la Soul Music a fait ses débuts comme beaucoup de musiciens noir américains, dans la chanson religieuse (Gospel Music)avant de se convertir au Rythm and Blues qu’il a vite transformé en Funky Music pour paver le chemin du Hip Hop actuel.

Des albums comme Please, please, Papa’s got a brand new bag , I feel good , Say it loud, I am a black and I am proud (répétez-le plus fort ,je suis noir et je suis fier), Sex machine et autres l’ont immortalisé.

Que représente alors Mister Dynamite pour les Africains en général et les Congolais en particulier ?

Nous voici une fois de plus rangés aux oubliettes quand on cite ses réalisations pendant les 50 ans de carrière.

En tant qu’artiste musicien congolais, ayant vécu la vague du Rythm and Blues dans notre pays, je me suis senti interpellé avant qu’on ne déforme l’histoire de notre musique, alors que les témoins sont encore vivants. Laisser passer une telle occasion serait manquer à notre devoir d’aîné dans cette culture que nous tenons à revaloriser. Il faut parfois élever la voix au lieu de se contenter de flétrir ce qui ne va pas.

D’aucuns objecteront que notre Rumba existait bien avant James Brown. J’en conviens, mais ne perdons pas de vue que toutes les cultures ont subi des influences étrangères et que la nôtre n’est pas une exception.

Je me rappelle que, quand nous étions encore enfants, nous mémorisions les chansons de Johnny Halliday, Claude François, Françoise Hardi, Michel Sardou, Adamo, Charles Aznavour, Nana Mouskouri et autres… Rien de plus normal dans un pays francophone et ancienne colonie belge. Jamais il nous était venu à l’esprit que beaucoup d’entre eux traduisaient fidèlement des chansons américaines en français. C’est le cas de : Le pénitencier, Noir c’est noir », Si j’avais un marteau, Aussi dur que du bois, Si j’étais un charpentier et je peux allonger la liste. Il a fallu le courant de  » James Brown and the Famous Flames  » pour nous sevrer de cette emprise européenne post coloniale.

Kallé Jeff est resté fidèle à l’école latino américaine communément appelée musique afro cubaine, tandis que Franco (OK jazz ),Tabu Ley Rochereau(Afrisa International), le trio Madjesi (Sosoliso) et les jeunes orchestres dont Thu Zaina et Zaiko Langa Langa ne peuvent pas nier l’influence du Funky Music de James Brown.

Franco et Rochereau ont modifié leurs repertoires : la basse devint plus saccadée et la batterie plus forte pour maintenir la cadence. Ecoutez “Matoyi ekosua” de Tabu Ley et vous vous rendrez compte.

Je me rappelle, comme si c’était hier, de “ Atekungemene” de Franco, un jargon que seul Maître Yorgo détint le secret. Les patinages de Rochereau sur scène , son répertoire de l’Olympia, sans oublier les shows des Trio Madjesi. Des cris en anglais devinrent en vogue : Ah let’s go, Come on, One , two, three, One time ah, two times ah ah, I’ ve got the song, coupe, girls… Certains étaient même difficile à déchiffrer, mais cela importait peu, pourvu qu’ils aient simplement une résonance anglaise.

D’autres ensembles de la capitale comme les Mustangs, Les Anges Noirs, Black Devils, Les Iss Boys jouaient exclusivement du Rythm and Blues, de la musique Pop et du Funky Music, avec dans leurs répertoires : Fa, Fa, Fa d’ Otis Redding, Papa’s got a brand New Bag, Sex Machine, It’s a man world de James Brown , Champs Elysées et j’en passe. Ceux qui continuaient avec la Rumba déjà imprégnée d’éléments étrangers , commençaient tous leurs concerts avec la musique qu’on appelait Pop. Chacun avait sa copie conforme de James Brown. Je n’ai, sans doute, pas la prétention de répertorier tous les chanteurs Pop de l’époque, car la liste serait d’ailleurs trop longue, d’autant plus qu’on retrouvait des James dans tous les quartiers, mais je me rappelle, sans trop d’accrobaties intellectuelles, de Lolo(OK Jazz), Eddy Kassess et James Moto ( Thu Zaina). Et bien sûr, nous avions Mbuta Brown(Mbuta Mashakado) dans Zaiko Langa Langa qui ouvrait une ère nouvelle dans la musique congolaise moderne. L’influence du parrain de la Soul Music était tellement grande chez Mbuta Mashakado que son “choquez”(notre danse) était méconnaissable , car il y ajoutait toujours ses patinages et écartements impromptus des jambes.

James Brown ne fut pas seulement un artiste infatigable, mais aussi une source d’inspiration pour de nombreux musiciens congolais. Était-ce par souci de nous identifier à la diaspora, ou une attraction naturelle à la musique noir américaine ? Ou peut-être tous les deux à la fois ? Je me réserve le droit de l’affirmer, mais une chose est certaine : les traces laissées par ce grand artiste vont démeurer indélébiles dans le palmarès de la musique congolaise, surtout que les jeunes ensembles actuels ne sont qu’un prolongement des jalons posés par Zaiko LL , qui lui, a porté les marques de Mister Dynamite tout le long de son parcours.

Au nom de l’orchestre Zaiko LL, je présente mes condoléances les plus attristées à sa famille et à tous les artistes qui ont sympathisé avec lui.|Jossart Nyoka Longo, Président de Zaiko LL in AEM

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