Marcel Guitoukoulou : « Je ne ferai pas partie du gouvernement Sassou »

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Plus de deux mois après le rejet de sa candidature à la dernière présidentielle au Congo, le docteur Marcel Guitoukoulou sort enfin de son silence pour « faire taire certaines rumeurs, rassurer ses partisans et relancer son combat pour le changement au Congo… le plus tôt possible ». Les observateurs le pressentaient comme celui qui allait être le trublion de la dernière présidentielle au Congo, mais le docteur Marcel n’a jamais pu quitter le starting-block, la faute à une commission qui avait invalidé sa candidature au motif de « défaut de résidence » qu’il juge « complètement farfelu autant que le procédé utilisé ainsi que les arguments déployés pour justifier cette décision inique ». 

Et pourtant, depuis son invalidation le médecin s’est muré dans un curieux silence qui a intrigué ses soutiens et nourri pas mal de spéculations : comme celle qui disait qu’il aurait été « acheté » par Sassou et qu’il attendrait un poste dans le prochain gouvernement congolais. Marcel Guitoukoulou s’est longuement confié, le 11 août dernier, au journaliste congolais (RDC) Yves Kambala pour son émission « Célébrité 100 % : Grand dossier » qui sera diffusée, la semaine prochaine à Kinshasa, sur la chaîne de télévision privée Antenne A. Parmi les annonces faites : son «impossible participation à un gouvernement Sassou ».

 

Faire partie d’un gouvernement Sassou serait plus qu’une incongruité pour Marcel Guitoukoulou : « un renoncement de tout ce que j’ai toujours défendu. Je ne ferai pas partie du prochain gouvernement de Sassou qui, manifestement, sera appelé à assurer la continuité comme le chef de l’État l’a assuré tout le long de sa campagne électorale. Or, la continuité dans le contexte congolais signifie le renforcement de la colonisation nationale menée par une poignée de Congolais rompus à la corruption, à la concussion… ». À peine le tournage de l’émission terminé, son téléphone sonne et au bout du fil une de ses partisanes qui lui parle, depuis Brazzaville, de cette rumeur et de « l’opposition de tous à une entrée dans un gouvernement Sassou ». Le docteur lui répond calmement : « Maman, rassure-toi, je n’ai pas changé de ligne de conduite, je ne pourrais trahir tous ceux qui m’ont soutenu ». Puis se tourne vers Yves Kambala et moi : « Malgré la victoire sans panache de Sassou, nous avons fait naître une espérance et un espoir pour le changement au Congo, nous devons maintenir la flamme allumée ».
Pendant l’émission justement, Yves Kambala incisif lui a fait remarquer que Denis Sassou Nguesso était réélu pour sept ans et que ses partisans pourraient trouver le temps long, Marcel se fait alors énigmatique et évoque la bible : « Personne ne connaît l’heure… À mes partisans, je leur demande de penser à la parabole de dix vierges (Évangile selon Mathieu chapitre 25) qui attendaient l’époux sans connaître l’heure de son retour. Cinq par précaution ont rempli leur lampe d’huile au cas où… Les cinq autres pensaient avoir le temps de le faire. Quand le mari arriva la nuit, cinq seulement purent allumer leurs lampes et aller à sa rencontre. C’est l’histoire de cinq vierges sages et cinq autres folles. Je veux que les Congolais soient des vierges sages et militent pour le changement comme si cela allait advenir à tout instant, car Dieu seul connaît l’heure ». Sur son propre rôle, Marcel Guitoukoulou a aussi renvoyé Yves Kambala et les téléspectateurs de son émission à la bible : « Moïse a sorti les enfants d’Israël de l’Egypte, mais c’est Josué qui les a fait entrer dans la terre promise. Je rêve, comme beaucoup d’autres leaders politiques congolais, de pouvoir assurer à la fois la mission de Moïse et celle de Josué ».


Virage messianique ou prosélytisme ?


Les références bibliques du « candidat recalé à la présidentielle » ne sont pas sans rappeler une forme de sensibilité messianique qui avait jadis caractérisé l’ascension de Bernard Kolélas dont de nombreux cadres l’auraient rejoint. Réel virage ou juste un discours pour capter des Congolais de plus en plus tournés vers Dieu en ultime recours ? Marcel Guitoukoulou s’explique : « Ma culture et mon éducation se sont nourries de beaucoup de choses notamment du message biblique qui fait partie des valeurs qui guident mon action. Par exemple, quand ma candidature a été invalidée, une grande pression populaire était possible et n’attendait que mon feu vert, grâce à des convictions personnelles et aux conseils des anciens, certains étaient venus même des villages à pied, j’ai déconseillé toute manifestation à mes partisans. Beaucoup d’anciens m’ont parlé, prodigué des conseils et donner leur onction… c’est la preuve que les valeurs traditionnelles ont pesé aussi sans compter de multiples opérations politiques que nous avons menées auprès des dirigeants des pays qui comptent dans la géopolitique mondiale », a tenu a précisé l’invité d’Yves Kambala.


« Candidature invalidée en violation de la loi »

Enfin sur l’invalidation de sa candidature, Marcel Guitoukoulou dénonce une « violation honteuse de la loi » : « Ma candidature a été invalidé pour défaut de résidence et pourtant, bien que le certificat de résidence ne figurait pas sur la liste des pièces demandées aux candidats, je l’avais inséré dans mon dossier et on me l’a rendu en disant qu’effectivement il n’était pas demandé. 48 heures plus tard, ce document fut demandé à tous les candidats et mon certificat de résidence fut rejeté au motif qu’il a été établi avant cette demande de la commission. Entretemps, le maire de l’arrondissement où j’ai ma résidence a reçu des pressions pour ne pas me refaire un nouveau certificat… ». Autre argument officiel présenté par le pouvoir « mes responsabilités professionnelles en tant que chef de service dans une unité d’anésthésie-réanimation en France… Or la loi ne parlait pas de vivre en permanence au Congo mais d’y avoir une résidence. Finalement, pour éviter des dérapages de part et d’autre qui auraient pu déboucher sur un bain de sang ou sur le report de l’élection, la sagesse voulait que j’encaisse cette injustice en sachant très bien qu’un mouvement a été enclenché et qu’il ne pourra qu’aller crescendo… et puis, le temps sera notre allié ».|Botowamungu Kalome (AEM)