C es dernières 72 heures, la chanteuse Mbilia Bel est passée sous les fourches caudines de pas mal d’internautes moralisateurs bon teint, son crime : avoir éconduit sèchement un artiste peintre monté sur scène pour lui offrir un portrait sur lequel elle s’est trouvée « avilie ». Aucun reproche cependant au peintre dont l’initiative était louable mais indélicate dans son accomplissement.
Entre les uns qui ont accusé la chanteuse de « déni » en ne se reconnaissant pas sur cette peinture qui serait son portrait craché et les autres qui l’accusent d’avoir fait passer un camion de 32 tonnes sur l’infortuné peintre porté par des intentions saines, les sentences ont été unanimes, implacables, sans appel. Ceci ne se serait pourtant pas produit si l’auteur du portrait qui a fâché s’était rappelé une règle d’or : la scène est sacrée.
Trente minutes ou une heure de concert sont généralement précédées des dizaines voire des centaines d’heures, de nombreux jours, de longs mois de préparation. Toute irruption impromptue sur scène, pire sans lien avec le spectacle, peut troubler et déstabiliser les artistes et désarticuler leur prestation. Sur les images, l’on voit Mbilia Bel se trouver subitement face à un portrait qui lui rappelle brutalement et publiquement la cruauté du temps qui passe, qui use et qui a emporté l’essentiel de ce qui l’avait rendue jadis physiquement si irrésistible. Le sang de la chanteuse n’avait fait qu’un tour : « Suis-je aussi moche ? ».
Si le peintre avait su qu’on ne demande pas son âge à une dame, qu’on n’ose rien qui lui fasse réaliser qu’elle a perdu de sa superbe, le clash ne serait jamais survenu. Ce n’est pas un hasard si l’une des techniques de la drague la plus efficace consiste à donner à une dame un âge en soustrayant au minimum cinq ans à ce que l’on pense réellement en son for intérieur.|Botowamungu Kalome (AEM)







