J’ai trop de respect pour Joseph Kabila pour penser qu’il serait stupide au point de croire qu’on peut mettre en prison les aspirations à la démocratie et à la liberté d’une jeunesse. En l’occurrence, il ne s’agit point ici d’une jeunesse désespérée qui n’aurait plus rien à perdre, mais d’une jeunesse déterminée qui veut être partie prenante de son destin.
En janvier 2015, remontés contre la révision de loi électorale, des jeunes sont tombés sur le bitume arrosés des balles de la police nationale. Par la voix de Lambert Mende, son porte-parole, le gouvernement a évoqué des pilleurs abattus par des vigiles des magasins des Chinois. Deux mois plus tard, le pouvoir de Kinshasa a envoyé en prison des activistes du mouvement Filimbi engagés pour le respect des délais constitutionnels. Lambert Mende, ministre de l’information, les a alors présentés comme membres d’un mouvement subversif et terroriste. Rien que ça. Leurs présumés complices, des activistes sénégalais et burkinabé, avaient été simplement priés de retourner chez eux. Le 16 février 2016, à 5 heures du matin, des jeunes du mouvement Lucha (Lutte pour le changement) sont interpellés à Goma avant de se voir infliger une peine de 2 ans de prison ramenés à 6 mois par la cour d’appel. Le crime commis ? Avoir appelé le président Kabila à organiser sa succession conformément aux prescrits de la constitution. Le ministre Mende va justifier la sentence en accusant les jeunes de Lucha « de prôner ouvertement l’anarchie et le chaos en RDC, dont ils disent ne pas reconnaître les institutions ».
Joseph Kabila semble ne plus faire mystère de sa détermination à broyer les jeunes activistes. Serait-ce véritablement l’option levée ou chercherait-il juste à marquer les esprits, à intimider ? Outre les jeunes tués en janvier 2015, dont certains privés de sépulture et de justice, la répression politique remet en selle des habitudes des polices politiques des années 60, 70 et 80 via l’ANR et vire à une sorte de juvénophagie. C’est cela que témoignera, pour toujours, la photo de la jeune Rebecca Kavugho qui passera la journée du 8 mars en prison, coupable de rêver la RDC en grand.|Botowamungu Kalome (AEM)






