RDC : Vital Kamerhe doit, en effet, démissionner

Le président de l’assemblée nationale de la RDC, Vital Kamerhe, honni par la majorité parlementaire devrait démissionner sans tergiverser. Je ne vois pas, franchement, pourquoi on en fait tout un plat et pourquoi certains se laissent aller à des convulsions intellectuelles laissant entendre que la démocratie serait en danger. Au contraire, pour le bien du pays et pour le sien, Vital Kamerhe doit tirer les conséquences des divergences importantes qui l’opposent à Joseph Kabila et à la majorité parlementaire, et auxquelles il a délibérément donné un important retentissement par ses déclarations médiatiques sur les opérations militaires conjointes menées par les forces armées rwandaises et congolaises.
Vital Kamerhe avait qualifié de « grave » l’entrée des troupes rwandaises sur le territoire congolais dans le cadre d’un accord dont tout le monde était au courant et pour une opération ouvertement préparée à Kinshasa avec notamment la présence, dans la capitale congolaise, du chef d’état-major général de l’armée rwandaise James Kabarere. Que Vital Kamerhe ait dénoncé cette opération en la qualifiant de grave, cela ne me semble pas du tout scandaleux ; mais qu’il ait déclaré sans se démonter qu’il n’était pas au courant, cela ne le grandit pas. Dans quel but l’a-t-il fait ? Se dédouaner très tôt d’une opération qu’il présumait impopulaire et infructueuse pour assurer ses arrières ou paraître comme un recours face à Joseph Kabila ? Possible, mais dans ce cas il serait logique de tirer les conséquences de ce pari perdu.

Faut-il alors vouer l’encore président de l’assemblée nationale aux gémonies ? Bien sûr que non. L’unanimisme est ce qu’il y a de pire dans un pays qui essaye de se reconstruire avec la très grande majorité de ses cadres politiques qui n’ont pas été préparés à assurer leurs fonctions, y compris le président de la République. Le doute, la contradiction, la prudence, la circonspection, la distance… ne doivent pas valoir à ceux qui les pratiquent le qualificatif de « chauve souris » comme l’a fait d’une manière bouillante un journal proche du pouvoir pour désigner Kamerhe.

Vital Kamerhe devant la chance de sa vie

En faisant ces déclarations, Kamerhe a perdu, sans doute, la confiance de Kabila et celle manifestement de la majorité présidentielle. Or, l’intérêt supérieur de l’État commande qu’en son sommet règne la confiance absolue sinon la méfiance engendrerait une forme d’inhibition de l’action l’État. La cohabitation, par définition, concerne un président obligé de travailler avec un premier ministre de l’opposition issu de la majorité parlementaire. Une cohabitation au sein d’une même famille politique serait faire le choix d’une guéguerre politicienne en permanence qui n’a rien à voir avec les confrontations classiques majorité/opposition. Ajoutée à cela la véhémente défiance de la majorité parlementaire qui a boycotté la séance plénière en guise de désaveu, il est donc souhaitable que Kamerhe démissionne.

Une fois qu’il aura rendu son tablier, Vital Kamerhe va retrouver ce qu’il y a de plus cher à un intellectuel, à un homme politique : la liberté de penser tout haut. À l’heure où l’opposition est orpheline d’un Bemba qui n’était pas un modèle de rhétorique ni de démocratie, le futur démissionnaire occuperait une place qui lui irait à merveille. Le costume de « victime d’une cabale politique », son talent de tribun et son savoir-faire d’un brillant intello lui permettront de construire la stature dont il a toujours rêvée : une alternative crédible à Joseph Kabila. J’ai lu son dernier discours devant les parlementaires de la région des Grands Lacs, c’était impressionnant de pertinence et il dégageait une vision politique portée par une flamboyance rare à Kinshasa. Mais pour qu’il rencontre un grand destin, notre cher Vital devra, par ailleurs, gérer mieux ses velléités du dessous la ceinture et se peopoliser de moins en moins. De plus, la conjoncture pourrait lui être extrêmement favorable, car si la majorité parlementaire a évidemment la puissance de démettre bruyamment l’impatient Kamerhe, il reste que si, dans deux ans, les Cinq Chantiers restent au stade de slogan, ces mêmes députés vont raser les murs et abandonner la tribune à un Vital Kamerhe qui n’aura plus qu’à convertir le mécontentement de la population en suffrages dans les urnes. Mais pas que, car la politique c’est montrer la voie, proposer un projet, amener un peuple vers un destin prospère en ayant réussi à le mobiliser sur des objectifs partagés.

Alors, Vital, démissionne vite et le débat politique ne s’en portera que mieux. Sinon, on s’oriente droit vers un parti-État qui ne dit pas son nom. Surtout que l’arrestation des activistes te soutenant rappelle la belle époque des CND, ANI, ANR, SARM, B2… Par contre, prochainement, évite de mentir piteusement comme tu l’as fait dans cette affaire d’opération militaire conjointe dans le Nord-Kivu, c’était tellement nul et petit.|Botowamungu Kalome (AEM)