Une rue de Kinshasa portera le nom de Lutumba Simaro

La ville de Kinshasa a décidé d’honorer l’un de ses fils les plus méritants et les plus créatifs : Lutumba Ndomanueno alias Simaro Masiya qui donnera son nom à une rue de la capitale de la RDC.

Le chroniqueur de musique Yves Kambala a l’habitude de marteler que « les idées ont des jambes » et de la parole à l’acte, il a initié la soirée  Vivement Simaro  pour célébrer les 50 ans de carrière ininterrompue de l’artiste et ses 70 ans d’âge. Le 29 mars, dans le beau cadre du Grand Hôtel de Kinshasa, l’auteur compositeur de Ebale ya Zaïre , Maya ,  Testament  était royalement entouré : Sam Mangwana, Tabu Ley, Michel Boyibanda, Mbilia Bel, Malage de Lugendo, Alain Mpela, Manda Chante… et même Wendo Kolosoy qui ne se déplace plus qu’avec des béquilles et aidé par au moins une personne.

La série de congratulations et hommages a été ouverte par le ballet Chaka Kongo avec la chanson  Retour en Afrique  suivi du groupe rap Trilingue qui a interprété la chanson Ebale ya Zaïre  de Simaro, version rap. Le comédien Esobe a enchaîné avec une version comique de Daty Pétrole, sans oublier Barly Baruti et Pao Ebenga (le premier manager de l’OK Jazz) qui ont été également de la partie.

Mot de circonstance d’ Yves Kambala

« Ces fleurs que vous déposerez sur ma tombe, c’est aujourd’hui que je vais m’en réjouir » , c’est avec cette pensée d’Henri David Torreau qu’Yves Kambala a situé la portée de la soirée. Et le concert fut un très joli bouquet de fleurs. Après la première partie précédemment évoquée, une voix venait de loin, de nulle part, emplissait la salle interprétant la chanson Ebale ya Zaïre. Apparaissait alors sur scène le chanteur fétiche de Simaro : Sam Mangwana qui conclut cette première chanson avec cette phrase de gratitude à la RDC : « Merci le Congo, merci mon pays natal ! » avant de faire une digression avec un hommage à Tabu Ley : « Beaucoup de jeunes ne savent pas qu’il y a quelqu’un qui a créé Sam Mangwana, c’est Tabu Ley… ». Le maître rejoignit l’élève sur scène, embrassades puis Sam Mangwana s’agenouilla pour solliciter les bénédictions du Seigneur Ley. Très marqué par le geste de Sam, le Seigneur Ley s’adressa au public : « Ce n’était pas le temps pour moi de prendre la parole mais cette marque de reconnaissance beaucoup d’artistes ne savent pas la faire… » avant de souligner le mérite artistique de Sam Mangwana, sa voix cohérente et intacte malgré ses 63 ans d’âge sous les applaudissements du public et l’œil observateur et le regard souriant du poète Simaro. Élégant, Tabu Ley prit quand même soin de signaler que la première fois qu’il était allé à l’hôpital il avait 16 ans et c’est Lutumba qui l’y avait conduit.

Ensuite, c’est en tant que délégué de l’Exécutif Provincial de Kinshasa, Chargé à la culture qu’il annoncera à l’opinion qu’une avenue de la ville de Kinshasa portera le nom de l’artiste Lutumba et que l’Hôtel de Ville lui remettra des cadeaux non précisés. Des cadeaux qui vont s’ajouter à ceux de Wendo Kolosoy, de Manda Chante et Alain Mpela au nom du clan Wenge, un billet d’avion pour l’Afrique du Sud mais également son portrait réalisé par l’artiste-peintre Sylvie Mujinga…

Peu bavard, comme d’habitude mais avec toujours une métaphore dans son sac, Lutumba Simaro a déclaré : « Nazali nkasa te oyo akueyi na ebalé elimwé » « (Je ne suis pas une feuille d’arbre tombée dans le fleuve et qui disparaît ») avant de philosopher sur sa condition matérielle modeste : « Même si je n’aurai pas été riche de mon vivant, à ma mort quand je serai enterré, sous terre, je jouirai à volonté des richesses que regorge le sous-sol de mon pays ».

Florilège de déclarations

Sylvie Mujinga : « Je suis femme de culture et j’ai suivi à la télé l’évènement Lutumba. C’est depuis longtemps que je l’apprécie bien que je ne l’aie pas encore côtoyé en privé. Je suis venue lui offrir le portrait que j’ai fait pour l’honorer. C’est un grand de la musique, on le reconnaît par ses œuvres. Il est sage, c’est un véritable poète. J’ai toujours apprécié sa fidélité aux côtés du Grand Maître Franco. Je n’ai jamais entendu des brouilles entre lui et Franco. C’est un exemple pour les jeunes, un modèle à suivre ».

Tabu Ley : « Lutumba est le sphinx de la musique congolaise moderne ».

Barly Baruti : « Lutumba est le symbole de la rumba, et la rumba n’est pas que la musique, la danse, mais aussi une culture ».

Kuedy (comédien) : « Si le nom du poète Simaro commence par « Si » c’est pour traduire la 7ème note du solfège ».

Djuna Mumbafu ( Témoignage recueilli avant la soirée au lieu de répétition de l’orchestre de Djuna Mumbafu) : « Je me rappelle du temps de Maisha Park, nous avions connu un blocage sur le différend qui m’opposait à Godé Lofombo. La confusion, l’incompréhension ne nous permettaient de dénouer la crise. C’est alors que papa Lutumba nous a proposé d’opérer un choix entre les querelles, la bagarre et s’entendre. Nous nous sommes vus désarmés ».

Josky Kiambukuta(par élément filmé, depuis Bruxelles) : « Lutumba est un exemple pour les musiciens, un modèle, mon enseignant… ».

Papa Wemba (également par vidéo interposée, ce dernier étant en déplacement à l’étranger ) : « Merci na etamboleli na yo, masese eza yo… », Papa Wemba remercie Lutumba pour son sens de savoir- vivre et sa façon d’être et reconnaît que s’il y a des adages, des proverbes dans la musique congolaise, le père de cette école est Ltutumba.

Thaddé Mpoyi (un jeune mélomane) : « Je suis jeune mais la musique du poète Lutumba m’impressionne. La profondeur de ses œuvres ainsi que la description qu’il fait de la société rend ses œuvres actuelles, comme si elles ont été composées aujourd’hui. J’attends avec impatience son nouvel album « Salle d’attente » et j’espère que nous allons encore savourer de la bonne musique ».

Des politiques frileux

L’ampleur de l’évènement présageait l’implication de différentes couches de la nation notamment de l’autorité publique. Hélas, pas du tout. C’est en dernière minute, par exemple, que le Salon Congo du Grand Hôtel a été accordé pour abriter la manifestation suite à l’intervention du député Alita Tshiamala. Un homme politique, voulant justifier son refus de s’impliquer, avait même déclaré à Yves Kambala que cet événement ne représentait pas un enjeu politique. Sans rire.| Paul Kabeya « Kapo »(AEM), Kinshasa, RDC

 

La soirée Vivement Simaro, Merci l’artiste en images >>>>