Adieu mon patron

Un portrait du patron Paul Bondo.

À un rythme quasi habituel, la « série noire » des décès dans les milieux journalistiques kinois perdure tout en causant l’angoisse et la douleur. À chacun son tour, rappelle-t-elle. Juste retombée de la loi de la nature qui a institué la mort aussi bien que la naissance. Ainsi, Kinshasa se vide de ses meilleurs journalistes nés entre 1940-60 qui ont fait la pluie et le beau temps. Parmi eux, celui que je désigne PATRON! Il s’agit de Paul Bondo N’Sama, Bopaul pour les intimes. J’ai eu la chance de le côtoyer au quotidien de 1967 à mon départ de « Salongo » en 1988 pour l’Europe. Et nous avons repris contact, au téléphone ses trois dernières années.

Comment je l’ai connu ? Lisez.

1967. Commune de Lemba, à Kinshasa où il habitait. Je le rencontre pour le financement de notre journal à stencil du quartier Ngilima intitulé  » La nouvelle vague « . Cette rencontre n’est pas fortuite. Elle a lieu parce que ce jour-là c’est lui que je choisis à la place de Clément Vidibio Mabiala, éditeur de la revue « Zaïre » qui, lui aussi, habitait la commune de Lemba que je n’ai pu rencontrer. Et depuis , moi et le patron Bondo, nous ne nous sommes pas quittés. Ses petites visites chez nous à Matete me font du bien. Notre relation, en effet, naquit ainsi sur cette petite aventure de sponsoring de notre journal communal. Elle se consolide au fil du temps. Pourtant, je l’avais croisé bien des années avant puisqu’il prenait le petit Brossel (avec Nguya, Debongo, Buze, etc.) à l’arrêt de bus du quartier Mongo, à Matete pour se rendre au Collège Boboto et moi (avec feu Gege Ndongala), nous prenions le bus TCL « Henschel  » pour nous rendre à l’athénée Royal, à Kalina. À l’époque, nous avions du respect envers nos aînés. Nous ne les approchions jamais. Mon arrivée en 1968, à la rédaction du journal « Étoile du Congo », après un crochet à « La Tribune africaine » d’Essolomwa, un autre Matetois aussi, prolonge cette relation. Pigiste depuis août 1968, j’exprime à Bondo N’Sama mon envie de devenir journaliste professionnel. Bondo m’envoie auprès du rédacteur en chef adjoint Michel Kibaniakina pour un test. Un matin d’octobre 1968, le rédacteur en chef me reçoit. Il me remet une feuille de papier et un stylo. Je dois décrire un fait vécu sans tenir compte du nombre des signes. De toute façon, il n’y a pas de règles pour cela à la rédaction d’ « Étoile du Congo ». Du moins en ce temps-là. Je décris alors l’ambiance au marché de Matete. L’article séduit le rédacteur en chef Norbert Tukulu, dit Tunor et son adjoint Michel Kibaniakina, mais il faut faire encore preuve du professionnalisme pendant trois mois d’essai. Pendant cette période d’essai, je dispose d’une carte de presse « Maison ». Je suis à l’aube de ma carrière. Le patron Bondo n’intervient même pas pendant ma formation. D’aspirant, je deviens professionnel dans la corporation jusqu’à obtenir la carte de l’union de la presse zairoise, Upza. Des « chiens écrasés », je commence à courir les tribunaux de la capitale pour couvrir les procès. À l’époque, il n’y avait pas de chronique musicale; du moins, c’est Kin Kiey Mulumba et Kabantashi qui s’occupaient de la rubrique culturelle avant que je ne verse dans la rubrique sportive avec Dikima et plus tard avec Polydor Muboyayi …

Le patron Bondo me récupère plus tard pour que je l’assiste dans la gestion de ses affaires dont le motel « Le Village « , à Kingabwa; le service administratif, situé à côté de la poste, ensuite vers l’hôpital Mama Yemo avant qu’il m’installe dans son bureau de Limete pour jouer la courroie de transmission entre lui et la rédaction en chef ou même avec l’administration de la Gimoza , l’imprimerie du journal. C’était trop pour une seule personne. Il m’arrivait de l’accompagner vers 6 h du matin au camp Tshatshi oû l’attendait le président Mobutu. Parfois, je m’occupais de l’intendance de ses maisons tout en remplissant mon devoir de journaliste. Et cela m’a valu le courroux de quelques personnes au journal jusqu’à provoquer mon départ de Salongo et … du Zaïre pour l’Europe.

Ces trois dernières années, nous avons repris le contact téléphonique pour l’édition de son livre « Ce que Mobutu me confiait »! Hélas, mon patron, notre patron, car Salongo était vraiment une école de journalisme et aussi une entreprise de presse avec des journalistes de renom, le patron vient de nous quitter ! PATRON BONDO, NOUS NE T’OUBLIERONS JAMAIS. REPOSE EN PAIX, Muana Lac Maindombe! | Paul Bazakana Bayete

Bondo N’Sama, Muboyayi Mubanga +, Modeste Mutinga et Kitutu O’Leontwa reçus par le président Félix Tshisekedi. (Crédit Photo: la présidence de la République de la RDC).
La visite de Vunduawe et Kithima à la rédaction de Salongo sur 10ème Rue, à Limete. Debout, de gauche à droite. Père Achille Ngoyi, Muteba, José Pierre Diavanga, Oscar Maketa (chef du personnel), Mputu Ngo Zingama, Jean-Jacques Kande Djambulate, Kithima Bin Razamani, Pierre Ndombe Mundele, Félix Vunduawe Te Pemako, Paul Bondo N’Sama et Polydor Fortunat Muboyayi. Accroupis, de gauche à droite. Makiona Lunsonso, Théo Bunzi dia Bilongo, Théophile Kitambala Kulubitsh, Michel Lubabu Mpasi a Mbongo, Pambu Mbenza et Fwamba kiapend Nkumu. (Photo d’archive de J.P. Diavanga)

 

À lire également dans Le Phare, édition N°6829 du 08.06.2022

                                      Salongo -> Spécial Hommages à Bondo Nsama 17.06.2022