Qu’elle est douloureuse

 C’est bien la première fois que la libération d’un otage fait l’objet d’une telle transparence : sans doute acculé par les révélations des associations de défense des droits de l’homme du Mali, le ministre de la justice malien a reconnu que l’otage français Serge Lazarevic a été échangé contre quatre djihadistes qui se trouvaient dans les prisons de Bamako. Face aux protestations des organisations locales des droits de l’homme, le ministre a essayé de faire passer la pilule : « 38 militaires, préfets ou policiers maliens ont déjà été libérés de la même manière et avec le même type d’échange. Le Mali ne peut pas faire moins pour les ressortissants de pays qui l’ont aidé que ce qu’il a fait pour ses propres fils ». Tout cela aboutit à des vases communicants avec des prisons qui se vident des djihadistes qui retournent reprendre du service moyennant la libération de quelques otages qu’ils vont s’atteler à remplacer tout naturellement.

« Même si les moutons marchent ensemble, ils n’ont pas le même prix », disent les Ivoiriens. Si les 38 otages maliens, menu fretin pour les djihadistes, ont été libérés dans la discrétion, c’est aussi parce que la monnaie d’échange était frappée du sceau de l’impuissance du gouvernement. Ainsi, le Mali consent à renforcer consciemment les mouvements terroristes en lui rendant ses meilleurs artificiers. Le Mali n’en mène, bien évidemment, pas large contrairement à la France qui a monté une grande opération de communication politique autour de la libération de Serge Lazarevic. Afin qu’il ne soit absent des images de l’arrivée de l’otage libéré pour cause de conseil des ministres, François Hollande a fait avancer le retour de Serge Lazarevic. Ce qui lui avait permis de pérorer : « Il n’existe plus aucun otage français dans le monde ». Mais à quel prix ? Celui du déshonneur pour le Mali.

Dans son propos à la presse, le ministre malien avait estimé, en effet, que « l’honneur commandait au Mali de céder à la demande des djihadistes en reconnaissance aux sacrifices consentis par la France pour sauver le Mali et qui est encore au front jusqu’à ce jour ». Lorsque la France, justement, avait décidé d’empêcher la chute de Bamako, dans un article publié le 23 avril 2013, nous avions écrit : « Ridicule de s’émanciper formellement du colonisateur pour, 50 ans après, lui laisser les clés de la maison et le plébisciter comme sauveur et garant de l’intégrité territoriale de son pays. Les Africains n’ont eu de cesse de décrier la Françafrique, les voilà qui remettent en selle la France paternaliste en Côte d’ivoire et au Mali. La faute, à Abidjan, à Alassane Dramane Ouattara et Guillaume Soro qui voulaient le pouvoir à tout prix, mais surtout à n’importe quel prix. La faute, à Bamako, au président Amadou Toumani Touré « ATT » qui a joué au dilettante avec le destin de tout un pays et à ses généraux au ventre bedonnant, au propre comme au figuré, de corruption. C’est, en effet, la France, ancienne puissance colonisatrice, qui a extirpé in extremis le Mali des griffes de la bande d’Ansar Dine qui marchait allègrement vers Bamako. Mais la belle guerre, l’offensive très proprette française « officiellement sans dommages collatéraux » ne va pas finir le job, ni faire disparaître la menace terroriste, moins encore endiguer l’instabilité politique. » 20 mois plus tard, nous n’ajouterons, ni ne retirerons rien à ce propos.

Qu’elle est moralement douloureuse cette libération de Serge Lazarevic…|Botowamungu Kalome(AEM)