Zaïko Langa Langa : Un concert champagne comme on l’a rêvé

Vendredi 28 décembre, dans une salle du Millénaire archipleine (à Savigny-Le-Temple en France), la gorge nouée, au bord des sanglots, de noir vêtu avec une chemise tendance satin, élégant et impeccable, droit comme la lettre i face au millier de mélomanes présents, Jossart Nyoka Longo, ému, a une pensée pour « tous ceux qui ne sont plus de ce monde et qui ont contribué à la création de Zaïko Langa Langa ou qui lui ont permis d’atteindre des sommets et de s’y maintenir depuis 38 ans… ». L’émotion est trop forte et Jossart ne peut finir son discours qu’il interrompt, tourne le dos aux nombreux regards et objectifs de caméras, d’appareils photo et portables braqués sur lui comme pour cacher des larmes qui s’annoncent dans sa voix, dans ses yeux embués… Le concert sera l’un des tout meilleurs donnés par son groupe depuis son arrivée en Europe il y a six ans. Meridjo, Oncle Bapius, Bozi Boziana, Malage et Lola Mwana ont apporté du talent, de la maturité et de l’éclat à un concert de grande tenue

Quelques minutes auparavant, il régnait pourtant une atmosphère étrange dans la loge des artistes, les jeunes du groupe allaient et venaient, chahutaient pendant que Meridjo, Oncle Bapius et Malage étaient calmes, concentrés, comme absents. Quand Jossart démarre son tour de chant, Zaïko Langa Langa retrouve le très haut niveau : la batterie saccadée de Meridjo chemine avec bonheur avec la basse de Bapius et les guitares de Petit Poisson, Jimmy Yaba et Shango. En première ligne, Malage, Mondial, Thylon restituent le meilleur de Zaïko et comme la sono était à la hauteur : émotion et nostalgie saisissent la salle. Les tubes sont déroulés et le public communie avec l’orchestre et pourtant dans la salle on dénombre énormément de jeunes filles dont l’âge doit avoisiner la moitié de celui que Zaïko Langa Langa fêtait ce soir là : 38 ans soit le record de longévité en RDC.

La fête est totale jusque sur scène où le pourtant très réservé Bapius n’arrête pas de danser en s’acoquinant à sa guitare basse, pendant que Meridjo a un visage jovial tandis que Jossart est guilleret, distribue des sourires, se ballade sur toute la scène, mime le jeu de la guitare aux côtés des guitaristes, a des regards complices à Bapius et Meridjo. Jossart fait le show, on l’a rarement vu ainsi. De Nzete ya Mbila à Essesse en passant par l’inévitable Amando, Persévérer, Viya, Fièvre Mondo, Ben Betito, la première partie du concert est d’une grande cuvée comme les mélomanes en ont rêvé. La doublette d’atalaku Nono Monzuluku et Doudou Adoula font également honneur à leur rang : Nono est impérial, professionnel, n’en rajoute pas mais marque cette première partie de son empreinte. Son compère Doudou est brillant dans son rôle en réalisant les bonnes « jointures » quand il y a un break ou changement de composition de l’orchestre sur scène.

Bozi provoque une ruée de mélomanes au pied de la scène

Quand dans la deuxième partie le présentateur et Jossart annoncent et introduisent le chanteur Bozi Boziana, Grand-père, des dizaines de mélomanes se lèvent et vont se masser au pied de la scène comme pour ne pas louper une miette de ce moment rare. Invité surprise, Bozi Boziana a joué aux poupées russes en débarquant sur scène avec son fils Abel Benz… chanteur comme lui. Les Bozi père et fils enfourchent le micro, accompagnés de Jossart Nyoka Longo, Malage de Lugendo et Adamo Ekula. Les cinq chantent Toutou, un frisson parcourt la salle : des dizaines de téléphones portables se muent en appareils photo et immortalisent la scène. Le père, t-shirt et pantalon en toile blancs chante et danse comme s’il n’avait jamais quitté le groupe pendant que le fils, veste blanche et casquette vissée sur la tête, en biais, un brin fantasque ne fait aucun complexe. Autre surprise : sans transition, Bozi et l’orchestre enchaînent avec le refrain de la chanson Amazone de Papa Wemba interprétée pourtant avec l’orchestre Isifi Lokole né de la première dissidence de l’histoire de Zaïko. Déo Brondo, un ancien chanteur de Zaïko puis du Quartier Latin de Koffi viendra ensuite partager la scène avec Bozi et les autres chanteurs du groupe plus jeunes comme Prince Bela, Thuro Mulunda et Chou Lay, fils d’Evoloko un autre nom illustre de Zaïko.

Lola Mwana fortement réclamé

L’ambiance était au top mais une partie du public n’en pouvait plus de ne pas voir Lola sur scène. Lors d’un break, le nom du fils de feu Dindo Yogo fut scandé mais cela coïncida avec le moment où Jossart avait effectivement prévu des chansons qu’il allait interpréter. Lola démarre avec Anzele avant de se saisir de la basse avec une aisance qui subjugue, quand on sait qu’il maîtrise autant la batterie, on se laisse aller gaiement à croire les « oracles » qui prédisent un grand avenir à ce jeune chanteur qui a la graine des grands. Ce n’est pas insensé de penser aujourd’hui qu’il pourrait reprendre le flambeau de celui qu’il appelle affectueusement « Papa Jossart ».

Blaise Elenga ivre de bonheur, confirme la « Brazzaville-connection »

Le concert du 18ème anniversaire de Zaïko organisé à Kinshasa par Londala Bongwalanga « Laudert Production » (Paix à son âme) avait marqué les esprits, celui du 38ème anniversaire rentrera dans les annales comme une production inoubliable. Son producteur Blaise Elenga qui planait de plaisir, remit un micro en or à Jossart et annonça dans la foulée la production d’un album de Zaïko en 2008. Après avoir produit Empreinte, Blaise Elenga voudrait ainsi récidiver. Si cette production se réalise, on en serait alors au troisième album d’affilée produit par des Congolais de Brazzaville (Blaise Elenga et Bienvenu Chirac Mondzo). Et quand on interroge les deux, dès lors qu’il s’agit de Zaïko, ils ne se considèrent pas comme de purs producteurs, mais essentiellement des amis de Jossart et fans irréductibles du groupe.

Quand les lampions s’étaient éteints dans la salle Le Millénaire, les mélomanes parlaient d’un concert impeccable, historique pendant que Meridjo, Bapius, Malage, Bozi savouraient les félicitations, compliments et invitations à regagner le groupe avec un plaisir affiché.|Reportage à Savigny-Le-Temple de Botowamungu Kalome (AEM)

Paroles de quelques voix autorisées (recueillies par Jossart Muanza )

Gégé Mangaya : « Nous vous sommes très reconnaissants pour la large couverture que vous assurez de nos activités, mais Zaïko Langa Langa mérite qu’un ouvrage lui soit consacré, pour la postérité. Et c’est à vous les journalistes qu’incombe ce devoir de mémoire. »

Oncle Bapius : « C’est bien d’écrire sur les artistes, mais c’est encore mieux de retracer l’histoire du groupe Zaïko Langa-Langa dont il faut reconnaître qu’il est le seul groupe de notre pays à avoir résisté contre vents et marrées et à rester en activité 38 ans durant ! L’Afrisa de Tabu Ley ou l’OK Jazz de Franco n’ont pas atteint ce record de longévité. »

Pour Bopaul Mansiamina, interrogé à la fin du concert , « la soirée a tenu ses promesses. » Généralement très critique envers les jeunes musiciens, il avoue : « Contrairement à ce que j’ai vu dans l’un des précédents concerts, ils se sont montrés plutôt disciplinés et se sont bien comportés sur scène. Le son était impeccable. Ce qui a énormément contribué à la qualité du spectacle. »

L’un des installateurs rencontré dans la journée dans salle du Millénaire, où devait se dérouler le concert et qui nous conduit à Paris :«  Zaïko est le seul groupe à remplir cette grande salle à chacune de ses productions. Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas d’affiches publicitaires. Mais, grâce au seul bouche-à-oreille, les gens viennent à la seule évocation du nom de Zaïko. Par deux fois, Koffi Olomide s’y est produit devant des chaises vides. Pareil pour Werrason qui y a livré un concert ». Propos confirmés par nos hôtes de Savigny-Le-Temple.

À notre arrivée, autour de minuit, il y avait déjà plus de 1.000 personnes dans cette salle d’une capacité de 800 places assises.