Shango Landu : « En 21 ans de carrière, j’ai connu ma plus grande émotion dans Zaïko Langa Langa… »

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E n 21 ans de carrière dans l’orchestre Zaïko Langa Langa, le guitariste Shango Landu s’est imposé comme un élément clé, une sorte de gardien de temple chargé de la sauvegarde et de la transmission du répertoire et du savoir-faire de ce groupe. Quand le soliste Toms Ntale vient faire des piges, c’est lui qui l’encadre. Quand encore, Lola, Sec Emma et Zola Tempo recrutent Les Gunners à Kinshasa, ces chanteurs et musiciens sont souvent au téléphone avec Shango qui les coache à distance, qui leur transmet le savoir de Zaïko. Un chanteur congolais avait raison de déclarer : « L’argent en pièces fait plus de bruits et pourtant elles ont moins de valeur que les billets ». Ce constat se vérifie souvent dans les milieux de la musique congolaise et plus particulièrement dans l’histoire de Zaïko Langa Langa où les plus talentueux sont souvent les moins diserts. Effectivement, ceux qui ont un talent de la grosseur d’un pois chiche, dès que l’orchestre les laisse tomber, comme des pièces de monnaie qui tombent sur les parquets, ils font trop de bruits et amusent la galerie sans plus. Quatre mois seulement après son retour avec le groupe à Kinshasa, Shango est revenu en Belgique pour un court séjour. Entretien avec un musicien pétri de talent et plein d’humilité..

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE(AEM) : Quatre mois après votre retour à Kinshasa, vous êtes revenu en Belgique, le retour a-t-il été un désenchantement ?

SHANGO LANDU(SL) : Oh laaa ! Pas du tout, au contraire ! En 21 ans de carrière dans Zaïko Langa Langa, je n’avais jamais connu une telle émotion. Notre retour a été fabuleux, une folie ! De l’aéroport jusqu’à notre point de chute, c’était le délire et beaucoup d’amour exprimé par les mélomanes. Je ne pensais pas que Zaïko représentait tant pour les Congolais. Je n’oublierai jamais ce moment. Quant à ma présence, j’y suis pour un court séjour afin de terminer des études de solfège que j’avais commencées et je vais aussi en profiter pour régler quelques petits problèmes personnels. J’avais tout expliqué à mon patron Jossart et l’orchestre a consenti les efforts nécessaires pour que je fasse ce voyage. D’ailleurs, Doudou Adoula aussi était revenu en Belgique et il a rejoint, depuis, l’orchestre à Kinshasa.

AEM : Vous n’aviez pas eu des réticences à retourner…

S.L. : Aucune ! Nous sommes venus en tournée et certains aléas avaient fait que la tournée s’était éternisée mais j’étais toujours à la disposition du groupe. D’ailleurs, vous aviez pu constater que j’avais toujours été présent à tous les concerts et partout ! Dès que le président avait battu le rappel des troupes pour le retour, je ne pouvais que répondre présent et être partant. En me permettant de revenir régler des problèmes personnels quatre mois plus tard, le président démontre qu’il a toujours renvoyé l’ascenseur quand on reste honnête, correct et reconnaissant envers l’institution Zaïko.

AEM : Quatre mois après son retour au pays, Zaïko qui paye un voyage en Europe à deux de ses musiciens, ça a l’air d’aller très bien…

S.L. : Les choses vont plutôt bien : le travail artistique est fait avec sérieux, nous répétons trois fois par semaine, la cohésion et l’harmonie avec Les Gunners sont meilleures au fil des jours, la gestion du groupe est plus rationnelle, l’orchestre a une grosse cote et jouit d’une forte respectabilité… Mais tout cela doit être stabilisé et pérennisé, nous en sommes tous conscients, le président Jossart Nyoka Longo le premier.

AEM : Comment se sont passées les premières séances de travail avec Les Gunners ?

SL : Ils étaient impressionnés par le président Jossart (rires)… Normal, ils ne le connaissaient que par la vidéo, ils ne l’avaient jamais approché, ils n’avaient jamais répété avec lui, jamais partagé une scène avec lui.

AEM : Après l’épisode des Lasers qui a été globalement un échec hormis le single « Feeling », pensez-vous que Les Gunners ont le niveau ?

SL : Ils ont un très bon niveau même si avec Gégé Mangaya, Doudou Adoula, Lola Mwana et le président nous avons apporté quelques corrections au travail qu’ils réalisaient et qui était déjà d’un niveau appréciable. Il faut d’ailleurs savoir que plus d’un an avant notre retour, je travaillais déjà régulièrement au téléphone avec eux. On s’appelait souvent et j’apportais quelques corrections à ce qu’ils faisaient en écoutant les enregistrements des concerts qu’ils donnaient. Ils étaient très ouverts et très à l’écoute. Ce travail nous l’avons continué sur place et ils ont encore rehaussé la qualité de leur travail. Et le public le ressent, car après chaque concert, je reçois de nombreux appels téléphoniques de félicitations de la part de mélomanes, et pas seulement des fans de Zaïko.

AEM : Y a-t-il des musiciens qui vous ont impressionnés parmi Les Gunners ?

SL : Le bassiste Bijou est très très fort, comme d’ailleurs les deux solistes Tshotsho et Augusto. Ce sont de très bons musiciens mais globalement le recrutement a été bien fait et nous avons pu nous appuyer sur un groupe travailleur, talentueux, opérationnel et qui s’est encore amélioré après quelques réglages faits avec nous. La preuve, l’orchestre joue parfaitement six chansons de l’album RencontreS dans les concerts : Amour pluriel (Jossart Nyoka L.), Eka Lowisa (Tony Dee Bokito), Juventus (Tony Dee Bokito), Design FM (Gégé Mangaya), Maloba na yo (Shango) et Eruption (Motingiya).

AEM : Un album en vue ?

S.L. : Je pense que c’est trop tôt d’autant plus que l’album RencontreS est en train de vivre une nouvelle jeunesse. Mais un single est en vue afin de permettre aux Gunners de participer à une création mais aussi pour annoncer les couleurs des choses à venir. |Botowamungu Kalome (AEM)